François DUINE (1870-1924)

Abbé François Duine François-Marie DUINE, né à Dol en 1870, y passa son enfance ; sa mère (originaire de Baguer-Pican) était laveuse, son père (originaire de Pleine-Fougères) était journalier.
Voulant étudier, aspirant à être savant, il sera prêtre, notamment l'aumônier respecté du lycée de Rennes à partir de 1906. Parallèlement il réalisa de nombreuses recherches, le "folk lore" n'en constituant qu'un aspect. A sa mort (dès 1924) on recense plus de 320 articles ou ouvrages...
Dans l'article nécrologique que lui consacra Georges DOTTIN dans les Annales de Bretagne t.36 (1924.25), on peut lire, page 636 : "[…] Ce qui étonne le plus, dans ce prodigieux labeur, c'est que le même homme ait été capable, avec la même perfection, de recueillir des chants populaires, de dresser de scrupuleuses et abondantes bibliographies et d'écrire avec art de pénétrantes études littéraires. Tout atteste chez lui une culture générale peu commune. Que les candidats qui ne peuvent être reçus au baccalauréat reprennent courage ! L'abbé Duine n'était pas bachelier.[…]"

Voici comment il décrit lui-même, dans ses cahiers de "Souvenirs et observations" (édité en 2009 par Bernard Heudré, aux P.U.R. : http://www.contes-et-merveilles.com/news.php), son goût pour les traditions populaires :
"Pendant les vacances de 1892, je me mis à recueillir les derniers vestiges du folklore dolois et, en janvier 1893, je publiai les premiers résultats de mon enquête dans "La Revue des Traditions Populaires" ; depuis lors, je n'ai pas cessé de collaborer à ce périodique, malgré la surabondance de fautes d'impression dont il a chargé parfois mes communications. Ce genre de recherche m'engagea dans une correspondance avec Madame de Cerny, qui était la doyenne des écrivains bretons. A Pâques 93, cédant à son invitation, j'allai lui faire visite. Ce fut mon voyage initial à la découverte de notre province. Ma vénérable amie mourut octogénaire le 10 septembre 1899, quelques semaines après avoir vu sortir de l'imprimerie ses "Contes et Légendes de Bretagne", que j'avais préfacés, annotés, et dont j'avais corrigé les épreuves sur un manuscrit souvent hiéroglyphique. [...] Pour en finir avec mes exploits d'encrier - du moins pendant mon temps de St Martin - je consigne ici l'acte de naissance d'une "Légende de Mi-Août", plaquette imprimée aux vacances de 1893, et j'enregistre "La Légende de St Rou", écrite en souvenir d'une charmante promenade à travers la forêt de Rennes ; puis, à la fin de l'année, on commence l'impression de mes "Locutions Populaires du Pays de Dol-en-Bretagne" (32 pages, avec un supplément de 12 pages). [...]
Pour me distraire un peu, je rédigeai quelques notules dont je gratifiai la Société Archéologique d'Ille-et-Vilaine, la revue des Traditions Populaires, la Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou, le Journal de Dol. Je consignai par écrit quelques récits populaires que j'avais entendus l'année précédente de la bouche d'un petit élève de Saint-Martin, qui était né à Lima, et dont la famille d'origine bretonne s'était établie au Pérou. Plus tard, l'imprimeur Mame accueillit ces Légendes Péruviennes, qu'il me paya - regifico luxu - trois cents francs. La minuscule brochure, dont j'eus seulement le regret de ne pas corriger les épreuves, a circulé pendant plusieurs années comme récompense enfantine dans les distributions de prix. Décidément, j'avais la manie écrivassière et livresque dans le sang. Quand nous allions à Paris, la devanture d'un bouquiniste ou d'un marchand d'estampes m'était un spectacle délectable.
Pour me distraire, j'écrivis en rentrant à Saint-Lô mes "Légendes de la côte bretonne", qui parurent dans la Revue illustrée des Provinces de l'Ouest. (1894)
Mais, il ne faut pas que du vert-de-gris s'attache au porte-plume. Pour ma part, je poussai le mépris du gain sur un tel échelon, que je fis imprimer à mes frais, en 1896, mes "Cojou-Breiz " (ou Causeries bretonnes), et que je les déposai chez un libraire parisien sans prendre les garanties utiles, sans me préoccuper des annonces ni de ce qu'on appelle le lancement d'un livre. Bien plus, je me gardai de faire les démarches les plus simples pour assurer un peu la vente de ce recueil, qui se présentait gracieusement et qui pouvait être agréé des adolescents comme des folkloristes. "Tu es, dis-je à mon petit volume; que cela te suffise!". [...]
En juillet 1897, je publiai dans "Les Annales de Bretagne " une bonne étude sur "le parler de Dol ". Elle fut l'occasion de mes premiers rapports avec M. Dottin, qui est aujourd'hui doyen de la Faculté des Lettres à l'Université de Rennes, et qui paraîtra plus d'une fois dans ce cahier. J'avais été initié à ce genre de travail par l'abbé Rousselot, professeur à l'Institut Catholique de Paris. Nous nous étions promenés ensemble à Dol en août 1895, si mes souvenirs sont précis. Rousselot est le principal fondateur de la linguistique expérimentale. Au début, m'a-t-il raconté en 1901, ses recherches furent l'objet de plaisanteries. Mais le recteur de l'Institut Catholique de Paris, Mgr. d'Hulst, l'encourageait et devinait l'intérêt de ce nouveau domaine scientifique. [...]
"

Laissons encore François DUINE nous "dire, comme le prêtre d'Appolon, traduit par le Grand Aumônier de France : « Il est besoing que les lisans m'excusent gracieusement, recevans en gré ce que lon peult escrire et raconter de choses si vieilles et si anciennes »".

La matière est riche, mais les deux seuls ouvrages aujourd'hui disponibles ("Les Légendes du Pays de Dol en Bretagne", et "Cojou Breiz") ne reflètent guère plus de 10% de l'œuvre, tandis que les contes collectés en pays de Dol, à Guipel, à St Malo, en Trégor, en Bro Gwened… dorment dans diverses bibliothèques. Il en va de même des autres aspects : coutumes, devinettes,… quantités de trésors pourtant susceptibles de nourrir encore aujourd'hui un certain "vivre ensemble", de belles collectes qui mériteraient une valorisation comparable à celles dont ont bénéficié les LUZEL, LE BRAZ, CADIC, SEBILLOT, ORAIN, DAGNET, ...
Il fut déservi par son goût prononcé pour les pseudonymes (Abbé D., François DUYNES, H. de KERBEUZEC, puis l'anagramme Fra DEUNI) et le fait qu'en ce domaine notamment il publia principalement dans des revues, ... et certes il ne croulait pas sous l'or, de plus la mort vint tôt ...

Ayant retrouvé l'essentiel de ses travaux "folkloriques", je me propose de leur faire progressivement place sur ce site, à travers 7 sous rubriques :

  • contes, fééries, facéties et merveilles
  • croyances diverses, animaux surprenants, et diableries
  • diries, devinettes, dictons météo et autres
  • remèdes de santé, la mort
  • saints populaires
  • naître, aimer, enfants, travailler, manger, boire, faire la fête
  • l'espace et le temps, "H"istoire, ...

Définitions, selon François DUINE : "Le composé Folklore remonte à l'année 1846 dans les publications anglaises. Il s'est répandu en France, principalement par la Revue celtique (fondée en 1870) et par la Revue des Traditions Populaires (fondée en 1886). […]
D'une manière habituelle, je prends le mot folklore pour désigner les récits oraux du peuple et le mot tradition pour désigner les récits écrits des clercs. Mais le folklore dérive parfois de la tradition, et la tradition ne fut souvent, à l'origine, que du folklore.
"
Cette remarque de François DUINE dans son Inventaire liturgique de l'Hagiographie Bretonne (éd. Librairie H.Champion - Paris - 1922) nous met en relation avec une sorte de "collecteur par passion hagiographique" pourrait-on dire.

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