François Duine

Les pseudonymes de François Duine

Il est notoire qu'il a souvent usé de pseudonymes pour signer ses articles.

En choisissant le pseudonyme de KERBEUZEC, utilisé quasi exclusivement quant à ses publications concernant PLOUGASNOU, on peut imaginer (car il n’en dit presque rien lui-même, et pas plus des autres pseudos qu’il utilisa) qu’il se réfère à saint BUDOC, le 3ème évêque de DOL, dont la légende dit qu’il était petit-fils du Comte du Goëlo, et fils (né en Irlande) de la princesse AZENOR…

Pour mémoire, voici la légende, succinctement inspirée de diverses sources.

Azénor, princesse de Léon, fut accusée d’infidélité par sa belle-mère, jalouse de sa beauté ; elle fut jetée dans un tonneau. Après les mille dangers d’une longue traversée, le tonneau s’échoua sur les rivages d’Irlande (à l’Aber-Fraw -Beau.Port-) et c’est là que la princesse mit au monde un enfant, assistée par sainte Brigitte. Les religieux de l’endroit l’appelèrent BEUZEC. Très jeune, la vocation religieuse suscita chez l’adolescent un engagement total de sa personne. Mais, enrôlé contre son gré dans des fonctions qui lui répugnent, il n’a de cesse de tout mettre en œuvre afin de se dérober à cette charge temporelle. Il souhaite démissionner et trouver refuge en d’autres lieux, malgré ses surveillants. Dormant dans son auge de pierre il a accosté près de PORSPODER sur la terre de sa mère. Après diverses péripéties d’évangélisations difficiles dans la région du Bas-Léon il quitta les lieux vers son évêque MAGLOIRE, le successeur de SAMSON, qui lui transmit la charge !

L’antique sarcophage, dit de saint BUDOC (désormais au Musée de Bretagne, à Rennes), a longtemps séjourné dans le jardin d’une ancienne maison canoniale doloise, où les laveuses l’utilisaient pour leur lessive…

Comme saint BUDOC, d’abord appelé BEUZEC (c’est-à-dire « préservé de la mort », ou « victoire »), l'abbé DUINE vénéra sa mère. Celle-ci, à l’image d’Azénor, souffrit à la fois de la violence de l’homme (son violent et alcoolique mari) et des agressions de l’eau en tant que lavandière.

Comme BEUZEC, Henri de KerBEUZEC a un jour décidé de s’engager totalement. Lui aussi a souffert de diverses fonctions dans lesquelles il fut enrôlé. C’est ce qui l’incita à opter pour la congrégation de « l’Oratoire », puis qui le motiva dans son investissement à corps perdu dans sa très chère « tour d’ivoire » des livres et des études. On sait par ailleurs son attachement au pagus dolensis, dont il se considérait volontiers cléricus. Sans viser un épiscopat historiquement dépassé, il aurait aimé pouvoir finir comme prêtre de Dol.

Comme BUDOC, il mourut en décembre, le 5, date proche de celles le plus souvent retenues pour fêter BEUZEC : le 18 novembre dans les diocèses de Léon et de Saint-Brieuc, le 5 et le 9 décembre au propre de Vannes, le 8 à Dol et à Exeter, le 9 à Dol et à Saint-Jacut-de-l'Isle …





François DUINE et Sabine BARING-GOULD

Dans l'une de ses notes manuscrites... accessibles au "fonds DUINE" de la Bibliothèque Universitaire de Rennes, sur le document coté "ms 313", il relate son séjour en Grande-Bretagne, qui ne fut certes pas un hasard de touriste désœuvré, ça devait même lui faire beaucoup de bien de pouvoir s'extraire d'un quotidien paroissial souvent pesant pour lui à GUIPEL, avec son fameux recteur d'alors, et le peu de facilités que cette vie profondément rurale lui accordait pour ses travaux intellectuels ; on sait qu'il y était arrivé le 17 février 1902 (à 32 ans), et qu'il n'y resta plus beaucoup après ces studieuses vacances britanniques, rejoignant la cure Saint-Martin de VITRE le 6 septembre 1904 ; enfin il trouvera ensuite une place à sa convenance, au Lycée de RENNES, à partir du 10 novembre 1906.

Outre-Manche, il était sur le terrain de ses études concernant la Bretagne du 6ème siècle, en particulier à propos de SAMSON, ce Gallois à l'origine d'une ère historique brillante pour DOL, l'un des principaux personnages de cette époque re-fondatrice pour la BRETAGNE, l'un des sept saints, … Il visita les lieux fréquentés par ces ancêtres, il quêta les souvenirs qu'en exprimaient les habitants dans leurs récits et croyances populaires, il fit des recherches dans les fonds anciens des bibliothèques britanniques, avec (en prime !) l'amitié efficace d'un Révérend du DEVON !

On sait que Sabine BARING-GOULD fut homme de lettres, romancier, auteur d'environ 150 ouvrages, dont "Lives of the British Saints", "The book of were-wolves" (le livre des loups-garous), ...
N’est-il pas amusant de relever que le manuscrit de François DUINE est un carnet d'abord utilisé par… BARING-GOULD ! En effet, celui-ci y consigna quelques 115 pages de (je cite) "Notes prises par M. BARING GOULD pendant son voyage dans le midi de la France", à la fin de 1903, et "notes prises par M. F. DUINE pendant son voyage dans le Sud-Ouest de l'Angleterre au milieu de 1904".
Dans un autre manuscrit, coté "ms 314", François DUINE livre quelques aspects du personnage à-travers 19 pages au sujet de "Premiers souvenirs", rédigé par BARING-GOULD dans sa 89ème année ! (né le 28 janvier 1834, il décéda en 1926) :
page 6 : "De 17 ans à 23 ans, s'affirme son âme d'artiste et de poète, son âme religieuse, [...] Et il a un programme : contribuer au progrès moral et spirituel de la paroisse de LEW TRENCHARD" [en DEVON, au nord de PLYMOUTH, entre OKEHAMPTON et LAUNCESTON, à proximité (est) de l'actuel "DARTMOOR National Park"], "restaurer l'église de cette paroisse, et reconstruire le manoir" [à la différence de François DUINE, son ami le "reverend" est aussi -à l'anglaise !- un riche terrien...] [...]
page 18 : "Sa façon d'éditer les chansons populaires (une façon bien anglaise "très respectable"). Il conserve les vieux airs, mais il remanie ou crée le texte, pour remplacer des vulgarités ou des obscénités".
page 19 : "Et je dis, moi aussi, qui le sais trop bien [François DUINE reprend là (pour lui-même ?) les propos de BARING-GOULD, et on mesure ici à quel point la misère de sa propre enfance lui a pesé...] "C'est un grand avantage que la naissance, qui, dès l'enfance et l'adolescence, permet de sentir avec plus de finesse et de délicatesse, qui confère sans effort les manières de la bonne société, qui ouvre un théâtre plus haut et plus large pour l'observation, qui donne plus d'assurance dans la démarche, et qui permet les belles et amples études, sans restriction ..." Il faudrait que la qualité des maîtres et la volonté des condisciples suppléassent à ce qui manque dans la famille. -Quel respect ne devez-vous pas à celui qui, malgré les hommes et les circonstances, est devenu quelqu'un."




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