santé, mort

Lit, fontaine et terre de Saint Goven

Saint-Goven, si honoré en Bretagne, l'est encore dans la Galles du Sud, (à moins que ce ne soit un homonyme). A cinq milles de Pembroke se tient sur le bord de la mer la chapelle de "Saint-Goven" comme l'on écrivait autrefois, ou de "Saint-Govan" , comme l'on orthographie aujourd'hui.
Il faut descendre à cette chapelle par une sorte d'escalier pratiqué dans la falaise. L'on dit que jamais deux personnes n'ont pu trouver le même nombre de degrés à cet escalier. Une grotte porte le titre de "Saint-Goven". On remarque un rocher qui sonne un peu comme une cloche, si on le frappe. On raconte à ce sujet que des voleurs danois pillèrent jadis la chapelle et emportèrent les cloches, Mais à la prière du saint, le dernier rocher heurté par ces pieux objets fut doué de la puissance de résonner d'une façon merveilleuse. Les deux fontaines du bienheureux sont toujours respectées ; on croit leur eau utile pour la guérison des maladies. Bien plus, on applique sur les yeux, comme remède, la terre douce et humide, qui se trouve auprès de l'une de ces fontaines.
Ce culte populaire a substitué parmi les Gallois malgré la Réforme.
François DUINE, in "R.T.P.-Revue des Traditions Populaires", t.19.1904", page 334





Les trois médecins

Il y avait un jour trois jeunes médecins qui se trouvaient dans un hôtel. Ils causèrent ensemble de leur art, puis, à la fin du repas, ils décidèrent de se réunir au même lieu, dans un an, pour constater les progrès qu’ils se promettaient d’accomplir. Ils tinrent parole. Au bout d’une année, ils étaient à la même table et se demandaient les uns aux autres si leur science avait grandi.

Moi, dit l’un, je puis me couper la main ce soir, dormir toute la nuit, et la remettre à sa place demain matin.

Moi, dit l’autre, je peux faire mieux encore : je me tirerai un œil, je le poserai dans une assiette, je dormirai toute la nuit, et je le remettrai à sa place demain matin.

Moi, dit le troisième, je peux faire mieux encore : je m’arrache les entrailles, je les laisse dans un plat, je dors toute la nuit, et je les remets à leur place demain matin.

A l’œuvre, cria le premier : je me coupe la main !
— Et je me tire l’œil !
— J’enlève mon ventre !
— Et vous, dirent-ils à la bonne, gardez-nous cela avec soin pour notre réveil.

Malheureusement la bonne était très étourdie. Elle laissa le chien entrer dans la cuisine, et le chien mangea la main, l’œil et le ventre. Lorsqu’elle s’aperçut de sa faute : "Que faire, pensa-t-elle en se lamentant, que faire ? Le chien ne me les rendra pas !" Elle se rappela qu’il y avait dans le voisinage un pendu. Elle courut lui couper la main. Puis elle tira l’œil d’un chat ; puis elle enleva les entrailles d’un porc qu’on venait de tuer. Enfin elle déposa ces objets auprès du lit des trois médecins. Les trois médecins s’éveillent. Ils reprennent ce qu’ils croyaient leur appartenir, et se séparent joyeusement, en se donnant un nouveau rendez-vous, au bout d’un an.

Le temps fixé s’écoule. Ils se retrouvent ensemble au même hôtel.
Et ta main ?
— Elle va bien, mais elle a une tendance très drôle à saisir tout ce qui n’est pas à moi.
Et ton œil ?
— II est excellent, mais je ne sais pourquoi il voit mieux la nuit que le jour.
— Et tes entrailles ?
— Elles fonctionnent parfaitement, mais...
— Mais quoi ?
— Mais... je vous dirai cela à notre prochaine rencontre.

Conte type N° 0660 selon la classification internationale Aarne & Thompson, "les trois médecins, les transplantations fabuleuses"
Publié par l'abbé DUINE, sous le pseudonyme H. de KERBEUZEC, dans la revue L'Hermine N° 24.1901.
Il précise : Olivier, domestique, originaire du pays de Saint-Brieuc, avait conté les histoires qui suivent au pays de Saint-Malo, dans la ferme du Bois-Oran. Elles m'ont été redites gracieusement par Mlle Joséphine Baslé, qui les y avait entendues.

Cette information récente : "les organes de porc seraient parfaits pour réaliser des greffes chez l'homme" tend à prouver que les contes ne disent pas que des mensonges, et si ce n'est pas encore la vérité, du moins les recherches de xénogreffes sont très sérieuses comme en témoignent les articles vers lesquels pointent ces 3 liens : http://terrain.revues.org/index13610.html http://www.doctissimo.fr/html/sante/mag_2000/mag2/sa_1702_cochons.htm http://generationscience-fiction.hautetfort.com/tag/cochon





Histoire de revenant

C'était pendant le mois de mai, durant lequel il y a des mois de Marie. Ma grand'mère qui avait dix-huit ans alla un soir chercher de l'eau à la fontaine du jardin ; en revenant, elle vit, dans le corridor, sa grand'mère ; à cette vue, elle tomba évanouie. Après quelques minutes, étant revenue à la connaissance, elle appela son père et lui dit ; « Mon père, je viens de voir ma grand'mère dans le corridor, tout de suite. » II répondit : « Que dis-tu ? tu vois bien qu'il n'y a personne ici. »
Le lendemain, elle la vit également. Le surlendemain, son père était au mois de Marie et elle était restée à préparer le souper, elle vit encore sa grand'mère, elle appela le monde qui s'en allait en leur disant : Voilà encore ma grand'mère. Quand ils arrivèrent elle était tombée évanouie dans le feu, on la retira, on fut chercher le recteur qui s'appelait M. Marquée ; il arriva aussitôt, la prit sur ses genoux et lui dit : « Allons, ne vous figurez pas cela, car ce n'est pas vrai ; de plus, demandez-lui de vous dire sans qu'elle vous fasse de mal, ce qu'elle veut. » Alors elle lui demanda ce qu'elle voulait : Elle lui répondit : « Ma fille, je viens te dire de dire à ton grand-père d'accomplir le vœu qu'il m'a promis à saint Bachelot. »
Elle fut aussitôt chez son grand-père avec le recteur et lui raconta ce que sa grand'mère lui avait dit. Il répondit : « C'est vrai que j'ai promis un vœu à saint Bachelot pour elle et je n'ai pas encore accompli ; mais demain au plus tard je le ferai. » Elle ne revit jamais ensuite sa grand'mère.
(Conté en 1900 par M. F. Bertrand, de Lillemer, Ille-et-Vilaine.)
FRA DEUNI
Rapporté par François DUINE, in Revue des Traditions Populaires – R.T.P., t. 24, 1909, page 249-250

Sur son ex-libris, l'abbé DUINE a complété et corrigé cet article :
Le texte a été écrit par F. Bertrand, qui était alors élève de 6ème à St-Martin de Rennes. On n'y a rien changé.
[Non pas conté en 1900, mais en] 1893 [François BERTRAND étant alors] âgé de 12 ans. Le nom de M. Marqué donne une date. Il fut recteur à Lillemer de 1832 à 1861.





Soigner une méningite...

Certains paysans croient que, pour guérir une ménagerie (une méningite), il suffit d'appliquer sur le cœur du malade le cœur d'une pie qu'on vient de tuer. Ce remède leur aurait été enseigné par des bohémiens.
Conté par M. GUEURIF, vicaire à Bruz (sud de Rennes -35-), selon ce qu'a rapporté François DUINE dans la Revue des Traditions Populaires -R.T.P.-, t.18, 1903, p. 546

Albert POULAIN, tout récemment, témoigne de cette pratique consistant à soigner une méningite en prenant un pigeon, on lui fend la poitrine et l'on fait battre son cœur sur le front. Cela a été fait bien des fois à Piperia.Albert apporte cette précision en note à propos du conte le coffre et la colombe, de type AT 0554 "Les animaux reconnaissants", in Contes et légendes de haute Bretagne, Ouest.France-éd.1999, page 131).

Pas plus tard que l'avant veille de Noël 2008, cette pratique m'a été rappelée (sans que je demande rien !) par une ancienne personne d'Argentré-du-Plessis (près de Vitré), à qui j'avais dit ce conte ... Elle m'a bien précisé que c'est un pigeon qui fut sacrifié salutairement dans son cas aussi !





Culte des fontaines ... chez les anciens Grecs !

"Les fontaines sacrées, ou fontaines à légendes, -et les lacs ou particularités curieuses,- ne manquent pas. Mention d'une fontaine près d'un temple. Elle est un oracle infaillible pour les malades. On attache un miroir avec une corde très fine, et on le descend de façon à ce que l'eau le touche; puis, après avoir prié la déesse, on regarde dans ce miroir, qui représente le malade vivant ou mort, suivant ce qui doit lui arriver" (Pausanias-Description de la Grèce, t. IV, p. 176, texte traduit par Clavier, éd. en 1814)

"Autre fontaine : il suffit d'y regarder pour voir ce que l'on veut savoir" ((Pausanias-Description de la Grèce, t. IV, p. 176, texte traduit par Clavier, éd. En 1814)

notes de François DUINE, manuscrit N° 456, fiche N°212, "fonds DUINE" de la Bibliothèque Universitaire, RENNES.1- Sciences économiques et gestion, Sciences juridiques et politiques





Le pendu qui a perdu sa cuisse

Il y avait une fois trois filles qui filaient, et qui n'avaient jamais mangé de viande. Elles exprimèrent à leur père le vif désir d'en avoir. « Filez beaucoup, leur répondit-il, et je vous en donnerai ». Elles obéirent, et le père alla au marché pour vendre un bon paquet de fil et acheter de la viande. Mais étant rentré chez lui il s'aperçut qu'il avait oublié de faire des provisions. « Eh bien ! dit-il à ses filles désolées, ce sera pour mardi prochain ». La semaine suivante il retourna au marché, revint, et, à moitié route, pensa qu'il avait encore négligé de faire l'achat promis. « Tiens ! s'écria-t-il tout à coup, qu'est-ce que je vois ! » C'était un homme pendu au haut d'un chêne ! Et il songea : « Voilà qui fait bien mon affaire ! Je vais couper la cuisse de cet innocent ! » Aussitôt dit, aussitôt fait. De retour à la maison, il offrit ce morceau de viande à ses filles qui le fricassèrent, en mangèrent, et furent ravies. Mais le pendu n'était pas mort. Il vient droit à la maison de son voleur, et crie : « Rendez-moi ma cuisse ! » Les filles ne riaient plus ! « Puisque, dit-il, vous m'avez enlevé ce que j'avais de meilleur, je resterai dans votre maison. » Les filles résolurent de déménager. « Surtout, songeaient-elles, n'oublions rien ». Justement elles laissèrent un chaudron. Elles étaient bien ennuyées. « Laquelle de nous trois ira le chercher ? » Elles tirèrent à la courte paille, et le sort tomba sur la plus jeune, qui s'appelait Adèle. Adèle se rend à la maison, et voit le pendu qui se lavait les jambes dans le chaudron. Elle lui dit bravement : « Donnez-moi mon chaudron ». Il lui répondit : « Donne-moi ma cuisse ». Grande discussion. Finalement le pendu mangea la belle Adèle.
François DUINE, Contes populaires de Guipel (35440), R.T.P. Revue des Traditions Populaires, t. 18-1903, p. 361 Conte type N° AT 0366 selon la classification internationale Aarne & Thompson (rends-moi ma jambe, la ballade de Lénore, Un Cadavre Réclame Sa Propriété, L’Homme du gibet)




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