Paul Sébillot

Paul SEBILLOT vu par François DUINE

Sur son ex-libris, en relation aux tables de ses notes de folklore, François DUINE indique : "Paul Sébillot, directeur-fondateur de la Revue des Traditions Populaires, avec qui j'ai entretenu d'agréables relations pendant vingt cinq années, est mort à l'âge de 75 ans." (ex-libris 17 380, page J.)
Il a davantage développé son point de vue dans ses Cahiers de souvenirs et observations ; on y lit ceci : "J'ai été en relation suivie avec cet écrivain, qui laisse une œuvre importante de folkloriste. Il me dit, en 1913, qu'il composait ses Mémoires. Il avait débuté par la peinture et a taquiné la Muse. C'était un cœur sec et un madré. Aussi a-t-il réussi par la politique. Très plein de sa personne bourgeoise, il parlait volontiers de lui-même. En fait le directeur de la Revue des Traditions Populaires était un nom très connu, et, par sa plume, il a servi la Bretagne. Il l'a bien servie".
Voir en p. 74 de l'édition de Bernard Heudré aux Presses Universitaires de Rennes





Le papillon et le pauvre

Paul SEBILLOT, Traditions et Superstitions de Haute-Bretagne , t.2, 1880 (Maisonneuve&Larose.1967), p. 299
(Conté en 1881 par Jeanne Hervé, du Gouray, âgée de soixante ans.) La croyance que l'âme prend la forme de papillon est encore assez répandue [...]
La croyance que l'âme prend la forme de papillon est encore assez répandue [...] Il y avait une fois un pauvre qui désirait, à ce qu'il disait, voir mourir quelqu'un, pour savoir comment on mourait. Un jour il arriva à une maison où un homme était sur le point de trépasser. Il y entra, et il lui sembla qu'aussitôt que l'homme eut rendu le dernier soupir, il sortit de sa bouche un papillon tout gris qui se posa sur la poitrine du défunt. Le pauvre ne le perdit pas de vue. Quand on mit le mort dans le cercueil, le papillon se plaça sur le bout, et quand on déposa le cercueil en terre, il voltigea çà et là, puis il prit son vol. Le pauvre le suivit jusqu'à une lande où il le vit s'arrêter. Il dit au papillon : — Pourquoi es-tu venu jusqu'ici sans t'arrêter ? — Ah ! répondit le papillon, c'est que je n'ai trouvé que cet endroit pour me reposer, car depuis celui d'où je suis parti jusqu'ici, tout est couvert d'âmes qui sont à faire pénitence. — Et toi, petit papillon, dit le pauvre, en as-tu encore pour longtemps ? — Pour sept ans. — N'y aurait-il pas moyen d'abréger ce temps ? — Non, à moins que pendant un an tu ne veuilles jeûner au pain sec et à l'eau. — Je veux bien, dit le pauvre. — Eh bien ! fais-le, et tu n'y perdras pas. Le pauvre s'en retourna, et pendant un an il jeûna au pain sec et à l'eau. L'année suivante, il revint sur la lande et demanda au papillon s'il était quitte. — Non, répondit le papillon, qui était presque blanc, mais encore gris, il faut que tu jeûnes encore une autre année pour que ma pénitence soit accomplie. Le pauvre s'en retourna, et pendant un an il jeûna au pain sec et à l'eau. L'année terminée, il retourna sur la lande et vit le papillon qui, cette fois, était blanc comme la neige. Ce papillon blanc était l'âme du défunt que le pauvre avait vu mourir, et qui avait été délivrée grâce à lui ; mais de son côté il avait fait la pénitence du pauvre, et il lui dit avant de s'envoler : — Je te remercie bien ; mais tu n'as pas perdu ton temps, car tu as une place préparée à côté de moi dans le ciel. Huit jours après, le pauvre mourut, mais, ainsi que le lui avait dit le papillon, il avait une place dans le paradis à côté de lui.




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